(ACG n°1) Ecrire sur mes ascendants: le Journal d'Arlette, par Florence Jacob
- Ascendances

- 17 avr.
- 3 min de lecture
N°1 de "Ascendances, culture et généalogie", extrait

Ecrire sur mes ascendants: le Journal d'Arlette
Auteure franco belge, Florence Jacob joue avec la musique et les mots dès son plus jeune âge. Depuis qu’elle n’exerce plus son métier de professeur de lettres, elle anime parfois des ateliers d’écriture. Elle a publié quelques poèmes dans la revue Pagicare et dernièrement la biographie de sa mère sous forme de journal.
Écrire des parcours de vie. Et derrière ces personnages, au détour de leurs actions scintillent des éclats de vie vécue. Dans ces interstices, se tiennent des éléments autobiographiques à la fois ténus et importants dont seule, moi, l’auteure, la démiurge, ai la connaissance. Et à partir de ces éléments subtils, se profilent des traces de mon ascendance : c’est un verre à la main tenu par ce personnage dès neuf heures du matin qui fait surgir le regard vert d’eau de ma mère embué par les insomnies de la nuit. La précision du geste de cet apiculteur me plante un dimanche après-midi devant mon père qui racle les cadres débordant de miel. Un voyage qui raconte mille histoires dont la mienne. Je passe mon temps à rattraper mon propre récit familial car il déborde du cadre de mes fictions.
Écrire c’est composer une mosaïque, assembler des petits morceaux inégaux, les poncer pour les encastrer. Il se dessine toujours quelque(s) image(s) à notre insu.
Lorsque je décide de réaliser Le journal d’Arlette, dix ans après la mort de ma mère, j’ai seulement l’intention de rapporter une série d’instants vécus de l’histoire familiale. Cependant, au lieu de cela, je me mets à écrire un dialogue entre ma mère et moi. Je suis dans la peau d’une journaliste et je l’interroge sur son histoire. J’ai conscience du jeu que je joue, du je que je joue. Cela me dérange sans me mettre mal à l’aise. Il me semble que ma mère me parle vraiment. Je me dis que je retranscris ses mots. Elle est en moi.
Je décide que pour élargir le propos je dois apporter des preuves et dans ce but, je rédige des articles sur les sujets ou personnages abordés par ma mère et moi. A ce moment-là, je suis guidée par un souci de reconstitution des faits. Voilà pourquoi je joins aussi des photos et des documents retrouvés dans les archives familiales ou historiques.
C’est alors que je veux faire revivre des souvenirs d’enfance et les répartir au fil des pages et inclure aussi des poèmes que j’ai composés. Que l’on entende seulement ma voix : celle de ma mère me hante trop. Je n’en peux plus des histoires qu’elle me susurre. Est-ce la vérité ? Qui est-elle au fond ? Pourquoi lui fais-je dire cela plutôt qu’autre chose ? Il me semble qu’ elle me manipule…
Ainsi, peu à peu, se construit un univers autour du personnage central et autour de la narratrice avec ses ombres et ses lumières. Un espace que j’ai l’impression de maîtriser et qui pourtant m’échappe. Le pouvoir des récits sur ma vie. Ont-ils leurs propres vies et se poursuivent-ils toujours en filigranes, malgré nous ? Des portes s’ouvrent sur le passé et laissent entendre les échos de nos héritages. Des voix qui surgissent et refaçonnent notre récit familial. Les vies s’opposent et se superposent: celles de mes ancêtres et la mienne. J’ai ouvert la boîte de Pandore, la machine à explorer le temps. Écrire sur mes ascendants m’a emmenée à la frontière ténue entre ce que je croyais savoir et ce que j’aimais imaginer.
Alors pour finir mon voyage, je retranscris des anecdotes des petits-enfants de ma mère. Pour que dans ses yeux verts se reflètent les constellations futures.



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