(Audio/Vidéo) La Musique à Sète, Antoine Bartro (1858)
- Ascendances

- 8 févr.
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 9 févr.

La Musique à Sète
TOAST
À la Musique de la ville de Cette et à la Société Philarmonique,
RÉUNIES DANS UN BANQUET,
À L'OCCASION
DE LA FÊTE DE SAINTE CÉCILE,
Le 28 Novembre 1858.
MESSIEURS,
De la cité çettoise, où l'onde amère expire,
Vous charmez les échos quand vous prenez la lyre;
Heureux de vous entendre, accourent les Cettois,
Déposant à vos pieds leur vulgaire hautbois. .
Ce lieu, sombré jadis, vous le rendez sonore,
Et dès que vous cessez, il vous entend encore.
Que peut faire pour vous le pays en retour?
Vous exprimer sans doute un sentiment d'amour;
Aussi rend-il hommage à votre art symphonique,
Éveillant dans son sein la fibre sympathique ;
Que ne protège-t-il vos généreux efforts,
Ouvrant à vos besoins ses riches coffres-forts?
Je suis ici l'objet de votre courtoisie ,
À votre cœur liant le mien propre se lie.
Fortuné, je voudrais enrichir les talents!
Eh! que sont, sans appui, les vœux des opulents?
Votre corps musical voit éclore sa gloire ,
Il peut fêter ce jour comme un jour de victoire,
Attacher à sa lyre un glorieux rameau
Et marcher fièrement sous son noble drapeau.
Un banquet fraternel, dont retentit la ville,
Nous réunit ici pour la Sainte Cécile.
De l'auguste patronne invoquons la bonté;
Puisse-t-elle bénir votre société.
Musicien comme vous, observant la mesure,
L'harmonie et le ton, la rime et la césure,
Je consacre mes vers au langage du coeur,
Et marche à vos côtés sous la même couleur.
Votre réunion sollicite ma muse,
Qui devant vous s'incline et timide et confuse ;
Elle s'inspire ici de vos accords touchants,
Heureuse de mêler son langage à vos chants.
La musique naquit avec le premier homme;
Profane en certains lieux , elle est sacrée à Rome ;
Dieu la fit pour sa gloire, et tout en retentit;
Dans les temples chrétiens, surtout, on l'entendit.
De tout le genre humain elle fait le délice,
C'est un baume enchanteur qui dans l'âme se glisse,
L'univers est rempli de ses divins accents.
Du barbare elle charme les sens;
L'Arabe du désert en son lieu la pratique.
à l'ombre du palmier, sur le tam-tam rustique,
Il chante l'Eternel, invoque son appui.
Tel nous voyons encor le sauvage chez lui.
Le doux accord des sons est d'un effet immense,
L'altière Jéricho tombait sous sa puissance.
Le clairon martial sonnant de toutes parts,
Vit de Jérusalem tomber les fiers remparts.
Le vengeur s'engloutit au son de la musique
Et rendit en chantant un soupir héroïque.
Avec elle un guerrier que frappait le trépas
Criait : « La garde meurt, elle ne se rend pas ! »
La fanfare guerrière éminemment enflamme.
Plus doucereux, l'archet pénètre dans notre âme ;
Sous ses vibrations il nous tient attentifs,
Et de cet enchanteur nous sommes les captifs.
Par VOUS la gracieuse et céleste harmonie
Monte avec pureté jusqu'au ciel , sa patrie.
L'immortel Créateur qu'entoure votre encens
Reconnaît aussitôt sa Fille dans ves chants.
Cécile, pour son Dieu , pinçait la mandoline.
Qu'accompagnait l'accent de sa bouche divine.
David , la lyre en main , devant l'Arche dansait,
Et sa joie en hommage au Seigneur s'adressait.
L'Arche sainte, pour moi, c'est Dieu dans la musique;
Par elle l'Esprit-Saint avec moi communique ;
Je me sens à l'instant transporté de bonheur,
Et c'est par là que Dieu révèle sa grandeur.
Mais où vais-je éperdu dans le haut hémisphère ?
Je veux rire avec vous, et je deviens sévère.
Certes, on peut ici, sans paraître effronté,
Passer en souriant du grave à la gaîté.
Gaîment aussi je porte un toast à la musique,
Et qu'à cela le bruit de nos verres réplique.
Entraîné par les voeux de mes affections,
Je bois à la santé de mes Amphitryons;
J'applaudis en buvant au zèle infatigable
Du jeune Gracia, toujours plus admirable;
Au talent distingué du modeste Bresson.
Pour ces maîtres de l'art, buvons à l'unisson !
Antoine BARTRO, 1858.
CETTE. — Izar fils, imprimeur de la Mairie; 1859.




.png)



Commentaires