La Condition magique de Hubert Haddad
- Ascendances

- 6 avr.
- 2 min de lecture
La Condition magique de Hubert Haddad,
Editions Zulma, 1997

Ralentir : passages d’opales sur le fil du rasoir ! Attention ! Chef d’œuvre... Un cristal de roche... Un “ péradam ” qui nous montre la voie de la réalisation de l’être tout en indiquant chutes et abîmes. René Daumal qu’Hubert Haddad avoue ne plus lire dans Le Testament de Narcisse, avait voué sa vie à une ascèse spirituelle qui prit sous sa plume l’analogie d’une ascension d’un Mont invisible aux yeux des hommes. Haddad poursuit dans “La Condition magique ” l’aventure authentiquement symbolique en n’oubliant pas la première étape : celle de La Grande Beuverie, ce monde imaginaire où les figurants de songe tentent de séduire l’âme en quête d’absolu. Le personnage d’Hiel Arkangelos erre longtemps dans le labyrinthe onirique côtoyant avec Marghrète tous ces marchands d’illusions, du New Age à la Haute Technologie. Pour l’industriel qui a perdu sa femme Nora, il s’agit de conquérir l’immortalité à la manière d’Orphée, de Faust ou du Dr Frankeistein ? Dans une quête d’humanité supérieure, pour le philosophe universitaire Desargues, le rationalisme cartésien et la pédagogie lénifiante, aseptisante vont peu à peu s’estomper au profit du symbolisme flamboyant car sur ces chemins spirituels la raison chancelle. Chaque personnage court au devant de sa mort, l’accomplissement suprême mais était-il nécessaire d’atteindre un sommet pour devenir invisible ? ”. Au bout du compte chaque épée trouve son fourreau, comme Ho et Mo dans l’histoire des Hommes-creux et de la Rose-amère de Daumal. Hiel retrouve Abdon en lui-même, Marghret devient Nora, sa mère. Quant aux autres ce n’est pas impunément qu’ils auront approché la vérité, frappés de cécité et abattus par la mort de leurs proches, Ultime apparence... Dans un récit d’une rare densité et d’une richesse inégale dans un style éblouissant, raffiné, Haddad a presque réussi à en finir avec des siècles d’obscurantisme, d’occultisme et de vague spiritualité. Il a même, par anticipation, dévoré les mirages des nouvelles technologies, porteuses d’illusions spirituelles. Car cela est dit et écrit, les faux prophètes feront des miracles mais l’apocalypse, la chute de l’ange et de l’homme, nouvel Icare technicien, est inhérente au progrès qui même s’il fait chuter les dieux, nous rapproche dangereusement de l’abîme. Haddad a définitivement réglé ses dettes avec Daumal, l’élève a dépassé le maître, du moins par la plume, il a vaincu le Mont d’Analogie - qui n’a jamais rêvé de poursuivre l’ascension du Mont Analogue ? - à sa manière, délaissant les pièges dogmatiques, nous offrant les clés d’une condition magique qui dépasse largement la condition humaine, venant clore ce siècle qui préfigure peut-être une apothéose spirituelle mais aussi d’innombrables menaces dans le jeu infini des miroirs et des icônes hypnotiques. Nous garderons en mémoire cette prose de neige où brillent d’énigmatiques joyaux.
PCB



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