Le Voyageur ailé du Temps - Hubert Haddad : La vitesse de la lumière
- Ascendances

- 8 juin
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Le Voyageur ailé du Temps - Hubert Haddad : La vitesse de la lumière
- Fayard - décembre 2000.
"Nous sommes les contours oubliés d'autres vies".

Image par Gerd Altmann de Pixabay
Ombres de la mémoire, défragmentée dans le vif. Le Temps est l'unique compteur de nos jours passés, de nos heures glorieuses ou effroyables. Récit autobiographique de l'enfance à l'âge adulte. Conversation avec les êtres chers disparus. C'était hier, c'est déjà demain... Autopsie de l'écriture. La mort, omniprésente, jalonne le parcours de celui qui s'est familiarisé avec "la besogne ailée des mots". Tentation du vide. Descente aux enfers : écrire c'est se retourner, "se retourner n'est-il pas un art orphique ?" Le style, perle rare et bizarre, à fleur de peau dans la quête de l'essentiel. "Nous sommes tous d'incroyables analphabètes de la vérité tournés vers les cortèges baroques du vide, tandis que notre écriture brûle la nappe." Ici, au creux des maux dits, chaque mot porte sa chose, pas de paroles creuses ou de paroles gelées. Mise à nue de l'écrivain à la destinée icarienne : "je pensais défier la pesanteur et m'envoler par un méridien de pur cristal, iris au coeur d'une étoile pourpre." La Parole vivante, authentique, s'affranchit de l'espace et du temps. L'homme, c'est aussi cet "ange [qui] , contraint d'obtenir un permis de pilote de ligne est fort embarrassé de ses plumes." Une obsession : le désir profond de "s'échapper, oui ! s'arracher enfin aux affres de la pesanteur... Mais le subterfuge finit en chute libre, dans la bile et le sommeil, on prévient seulement l'envol en plantant des plumes d'ange sur un dos de pierre" (Les Indes de la mémoire, p.151). L'espoir tout de même par-delà le cercle sans fin des apparences : "voilà si longtemps que je tombe en mimant l'envol. Il y a un autre monde qui coïncide certes avec l'ectoplasme de réalité où nous pataugeons, un monde exigeant l'éveil absolu et qu'éclaire de foudre l'infini rassemblé en chaque point du parcours." (p.125) Même si la conscience douloureuse de ce qui fut doit déchirer la plume, elle n'est "rien d'autre [...] que l'être en état de disparition, que l'être soumis au temps, [...] dans cette distance qu'on nomme réalité [...]. La fin sera entière, puisque nous sommes nous-mêmes cette fin en jeu dans l'absence, pure illusion d'identité." (p.76) C'est ainsi que "dans l'illusion d'avoir été, la vitesse de la lumière emporte attente et désirs", la "vie est un songe" écrit Calderon et "l'illusion est la plus grande douleur" (p.61). Le projet de Hubert Haddad apparaît comme le désir "d'écrire une chronique de l'oubli qui ne prît compte que de la disparition étonnée de toute chose, grand paysage englouti de ciel et d'arbres, maisons, visages, trésors d'une vie." (p.103) Et l'Art dans tout ça ? Doit-il affirmer "avant tout l'optimisme d'un verbe en quête de souveraineté" ? Hubert Haddad, comme Jacques Salomé, le sait bien : "On meurt de ce qui est tu, la bienséance aux lèvres." (p.28)
Qu'on lise donc ce récit supersonique, pur joyau alchimique de la douleur et qu'on songe à l'albatros baudelairien, ce "voyageur ailé" dont les ailes de géant l'empêchent de marcher...L'écrivain, lui, a pour ambition d'étreindre les nuées, de cultiver des opales rieuses dans le creux de nos songes, de créer des liens, des correspondances magiques tout en réglant son compte, sans la renier, à la "rugueuse réalité à étreindre" (Rimbaud).
PCB



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